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À la découverte des leaders du secteur minier : voici Thien Mai Quoc

11 février 2019

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Nous sommes heureux de lancer À la découverte des leaders du secteur minier, une nouvelle série d’entrevues mettant en vedette l’équipe de direction diversifiée des activités du secteur Mines et métallurgie au moyen d’exemples de leadership, d’encadrement et d’expériences personnelles dans cette première entrevue avec Thien Mai Quoc, gestionnaire, Développement des affaires – Bruxelles, Belgique. 

Q : Parlez-nous un peu de votre expérience et de comment elle a façonné votre carrière actuelle.  

R : Ça fait 10 ans que je travaille à SNC-Lavalin, au bureau de Bruxelles. De fait, c’est mon premier lieu de travail. J’ai commencé en tant qu’ingénieure des procédés au sein d’une équipe de procédés expérimentée. J’ai ainsi eu l’occasion d’accumuler une belle expérience sur la manière dont se déroulent différents types de projets dans plusieurs domaines, principalement en acide phosphorique et en biochimie. 

Au fur et à mesure, avec plus d’autonomie je suis devenue responsable des procédés sur des projets, puis ingénieure de projet et, enfin, responsable du développement des affaires. Maintenant, à mon poste actuel, je me rends compte à quel point les débuts de ma carrière sont importants dans mon quotidien, car j’ai dû passer par la gestion de projets et toutes ses phases. Je porte aujourd’hui deux étiquettes, soit celle du DA et celle d’ingénieure de projet. Le fait de continuer à travailler sur des projets permet de se maintenir au courant de l’évolution de la manière de travailler et ainsi de la prendre en considération du côté du DA.

De plus, il est réellement important au niveau du développement des affaires de savoir ce que l’on vend pour montrer notre expertise dans le domaine particulier des engrais. 

J’ai toujours eu une facilité pour communiquer et aimé travailler en équipe. Le bureau de Bruxelles étant relativement petit, une bonne communication est d’autant plus importante. 

Q : Parlez-nous d’un moment exceptionnel pour vous. Une réalisation ou un prix que vous avez remporté, par exemple? 

R : Le premier courrier de remerciement de la part d’un client pour une étude réalisée! Il est toujours gratifiant de recevoir un courrier de remerciement de la part du client pour le bon travail effectué! Une réelle relation de confiance et une manière de travailler s’étaient instaurées avec le client. 

Le premier contrat remporté en DA est également marquant, car on ramène du travail pour la société et donc pour faire travailler toute l’équipe. 

Parfois, il nous arrive aussi de perdre des contrats et il faut alors en tirer des leçons : « Où s’est-on trompé? Qu’aurait-on pu faire de mieux? » Par exemple, en janvier, nous en avons perdu un en raison des prix trop élevés. À ce moment-là, on doit se poser la question : « Est-ce qu’on s’est trompé? » 

Finalement, ce même client a dû faire réviser la portée avec un nouveau fournisseur – il revient vers nous pour vérifier le travail! C’est un peu le « problème du sachant », lorsqu’on parle d’un client qui se pense l’expert technique et ça rend le travail plus difficile, car on doit apporter une stratégie de qualité et donner toujours notre meilleur afin de justifier les coûts au client. Mais c’est un travail d’équipe : on doit jongler avec les priorités et trouver des solutions – non seulement pour satisfaire le client, mais aussi pour assurer la qualité et le succès du projet. Ça fait vraiment plaisir de démarrer un projet qui se déroule bien jusqu’à la fin, mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas.

Q : En tant que femme dans une industrie à prédominance masculine, comment avez-vous réussi à trouver l’équilibre à différents moments de votre carrière? 

R : Au tout début de ma carrière, bien sûr, c’était plus facile, mais avec des enfants ça devient toujours un peu plus compliqué. Dans mon cas, mon compagnon travaille également à SNC-Lavalin. Il n’y a pas de conflit d’intérêts : les gens le savent et respectent le fait, par exemple, que nous ne pouvons pas être tous les deux en déplacement en même temps. 

On préfère ne pas travailler ensemble sur les projets, mais cela nous est déjà arrivé et cela se passe plutôt bien. Nous avons trouvé notre équilibre entre le travail et notre vie privée, où chacun participe de manière équilibrée aux responsabilités familiales tout en ayant un travail nécessitant une grande implication. 

Cependant, les gens ont parfois la réflexion : « Mais comment tu vas faire avec les enfants pour les déplacements? » Cette réflexion vient en général d’une bonne intention, mais jamais on n’entend poser la même question aux papas! C’est une réaction un peu normale, je crois, car la notion de la femme traditionnelle est toujours bien ancrée dans la société et on exige qu’une femme professionnelle soit capable de tout faire. Cela étant dit, les enfants préfèrent quand c’est leur père qui fait la cuisine – je ne suis pas douée pour la cuisine!

En fait, il faut toujours se rappeler que l’habit ne fait pas le moine, et donc si nous voulons éliminer ces barrières et ces plafonds de verre, il faut supprimer quelque part ses émotions et réagir de façon professionnelle et positive.  Il existe des manières de réagir qui peuvent atténuer les situations tendues. À mon avis, l’humour fonctionne très bien! De façon générale, si on peut faire des rigolades tout en leur apprenant quelque chose, ça se passe toujours bien.

Q : Qui sont vos modèles masculins ou féminins, et pourquoi? 

R : Quelques personnages historiques m’inspirent, par exemple, les femmes scientifiques comme Marie Curie et aussi, plus récemment, Simone Veil, qui est décédée l’an dernier. Elle était avocate et politicienne et agissait à titre de ministre de la Santé en France. Ça devait être très difficile à l’époque. Je n’ai pas souffert comme elles, mais

« j’en ai déduit qu’il est essentiel de travailler fort pour atteindre ses objectifs et qu’il y aura toujours des obstacles en chemin, mais qu’il ne faut pas abandonner. Éventuellement, nos efforts portent fruit. » 


Et dernièrement, l’octroi du prix Nobel de la paix au médecin-gynécologue congolais Denis Mukwege et à Nadia Murad, ex-esclave de l’organisation État islamique, qui essaient de mettre fin à la violence sexuelle. Dans cette optique, je donne régulièrement à la fondation Plan, qui encourage et finance l’éducation des jeunes filles afin qu’elles puissent se débrouiller toutes seules. L’éducation est vraiment un passage primordial pour faire évoluer les mentalités et la société.

Et bien sûr des modèles au niveau familial! Dans ma famille, qui est d’origine vietnamienne, mes grands-parents étaient très traditionnels : ma grand-mère n’a jamais travaillé en dehors de la maison, mais mon grand-père nous a toujours dit : « Allez à l’école. Sois indépendante, ma fille! » C’était quand même avant-gardiste à l’époque. 

Mes parents avaient une vie assez équilibrée, je dirais : mon père faisait le repassage; il venait nous chercher après l’école. Puisque ma mère travaillait plus loin, il y avait une certaine répartition des tâches ménagères et c’était loin d’être automatique. Mon père ne faisait pas la cuisine, par contre. Je pense peut-être que j’ai hérité de lui cet aspect!

Q : Qui sont les alliés qui ont contribué à façonner votre perfectionnement, votre style de leadership, etc.? 

R : La plupart de mes alliés sont partis, plusieurs à la retraite, par contre j’en ai gardé quelques-uns comme modèles. Par exemple, sur mon premier projet, le chef de projet était très compétent tout aussi bien sur le plan technique qu’humain. Je me souviens qu’une fois j’avais fait ce qui me semblait être une erreur, mais qui, avec du recul, n’en était pas une. Le client nous l’avait reproché, mais le chef de projet avait pris ma défense devant le client et a toujours soutenu son équipe face au client. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé qu’on n’est pas tout seul sur un projet. Il mettait toujours l’emphase sur le travail d’équipe et le fait que nous sommes tous dans le même bateau pour nous assurer que le projet se passe bien. C’est ce qui est le plus important, ultimement.

Par ailleurs, j’ai été très bien entourée par plusieurs ingénieurs des procédés  principaux durant les premières années – chose qu’on ne voit pas toujours ces jours-ci. Maintenant, on est tous débordés et la transmission des connaissances ne se fait pas aussi souvent, car il manque du temps pour le faire… et les circonstances sont différentes. Le contexte est différent aussi. J’ai de la chance d’avoir été aussi bien encadrée au début de ma carrière. En fait, je crois que le mentorat est important et c’est quelque chose que j’essaie de faire avec les autres, quand j’en trouve le temps.

Q : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui poursuivent une carrière en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM)? 

R : D’abord, il faut être compétente dans son domaine; il ne faut pas présumer que la critique de ses homologues ou de ses supérieurs porte sur le sexe de la personne. Il faut prendre la critique de façon constructive pour s’améliorer. 

On doit prendre du recul et se poser la question : « Est-ce qu’il y a des problèmes avec mon travail? Comment puis-je m’améliorer? » Il faut se remettre en question afin de s’assurer que, d’abord, notre travail est irréprochable avant de pointer le doigt.

Always take a step back and ask yourself: “Are there any issues with my work? How can I improve?” You need to take a look at yourself and make sure your work is beyond reproach before pointing fingers. 

« Il est important de garder confiance en soi ainsi que d’être fière du travail que l’on accomplit pour rester motivée. » 

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